Lettre du 9 décembre 1832

Lettre du 9 décembre 1832 de Jean Ranson à Monsieur E. Ranson neg’ à La Rochelle Charente Inférieure

Bord l’Orion, rade de Brest, 9 décembre 1832

ma bonne mère,

Je n’ai aujourd’hui que bien peu de temps, j’en profite tout de même pour vous écrire & vous donner de mes nouvelles. Ta lettre du 3 m’a fait grand plaisir, car je l’attendais jeudi & elle n’est arrivée que vendredi, ce qui m’a fort vexé. Je vois que tout le monde se porte bien, ce qui me fait grand plaisir. Je vais maintenant vous raconter un incident mémorable dans les fastes des élèves de l’école de cette année. Jeudi dernier, nous sommes allés à terre : & voici comment depuis lundi un bruit vague, venu je ne sais d’où, circulait dans l’école : on va à terre jeudi. Grande joie pour presque tous. Moi cependant je me méfiais et n’y croyais à peine. Jeudi matin le bruit se confirme. Enfin à 1 heure, nous nous embarquons avec 1 lieutenant de vaisseau, deux adjudants surveillants, & notre maître charpentier. Arrivés à terre nous avons visité quelques ateliers, & après nous être arrêtés à une frégate en construction où notre maître charpentier nous a donné une leçon de construction navale pratique, nous nous sommes rembarqués & je suis maintenant à bord. Tu ne saurais croire le plaisir que m’a fait cette promenade à terre. Mon cœur bondissait de joie de me trouver sur la terre ferme ; je me suis cependant rembarqué & ai repris mes habitudes sans peine, car à terre a[u]ssi ! bien, qu’ici, je n’avais rien, personne que je ? [visse] de nouveau, tout me manquait, vous tous, & je me sentais tout étranger. Un épisode de route qui nous a distrait c’est qu’en allant, les élèves qui ont ramé & j’étais du nombre ont très bien été, tandis qu’en revenant c’était pis que des maréchaux.

Mais je suis pressé. Adieu, je t’embrasse & n’ai que le temps de t’avouer que si je ne vous ai pas écrit jeudi, c’est faute de lettre de vous à répondre. Adieu embrasse ma bonne tante D’Eberz. Dis-lui que ma prochaine sera pour elle. Bien des choses à mes tantes Flavie, Charles & Raboteau. Adieu ma bonne mère, ton fils qui t’aime bien & te prie d’embrasser son père, en pensant à lui.

J.Ranson

Ce matin à l’inspection je n’ai pas eu de note du commandant ; je n’avais pas été appelé au tableau de la semaine, parce que tu conçois qu’on ne peut appeler dans une semaine les 54 élèves. Et je n’eus pas été du nombre des élus.

Cinq minutes de récréation me permettent de rouvrir ma lettre & de te dire mon père, que j’ai été obligé d’acheter pour mon trousseau, 1 physique de Despretz, 1 manuel du jeune marin, 1 école du canon, 6 crayons mine de plomb à dessiner. papier à lettre & pain à cacheter. en tout 23 francs. des détails dans ma prochaine. Sous 12 ou 15 jours.

notes :

1:le «u » est illisible car la feuille est brûlée à cet endroit

2 : le «j » a été écrit par-dessus un «m ». en marge de cette lettre, dans une écriture autre que celle de Jean: « J’ai écrit [à l’o]ncle Rother »

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