Lettre du 13 janvier 1833 de Jean Ranson à Monsieur E. Ranson neg’ rue chef de ville n°37 à La Rochelle Charente Inférieure
Bord l’Orion, rade de Brest, 13 janvier 1833
Mon bon père,
Je t’écrivis dimanche dernier, 6 ou courant, et le lendemain j’ai reçu ta lettre du 3 de janvier que tu dates encore, mais par erreur, de 1832. Elle contenait une lettre d’Edmond qui m’a fait bien plaisir. Tu peux l’assurer que je lui répondrais à la fin du mois, car maintenant cela m’est impossible, vu que nous passons l’examen le 23, d’après ce que nous a dit notre professeur de physique : et qu’il faut redoubler de travail. Je ne sais pas trop si comme tu t’en flattes, je conserverai mon rang à cet examen, parce que beaucoup d’élèves avaient vu la géométrie descriptive, ce qui est mon faible, car avant-hier j’ai été interrogé et ce matin le commandant m’a dit que ma note était faible et qu’il attendait mieux de moi. D’ici à l’examen je vais tacher de faire disparaître cette tache et j’espère que, si je baisse, je ne perdrai que 5 ou 6 rangs. Ma note en anglais était assez bonne. J’ai écrit jeudi dernier à ma bonne tante Mariette, mais maintenant je remets toute lettre jusqu’à ce que j’aie passé mon examen. Vous n’attendrez donc de lettre de moi que datée du 25 au 30 car je ne sais encore à quel rang je passerai. Je ne suis point chef de gamelle, l’autorité a mis obstacle à nos projets en nommant les numéros 3 et 4 d’admission. Tu peux ainsi connaître les chefs de gamelle, ils sont bons, meilleurs même que ceux d’auparavant. J’ai rempli auprès de M. Dubreuil ta commission et celle de Mme Rang. Il m’a promis de les transmettre à son épouse et m’a chargé de bien des choses pour toi, ce qu’il n’oublie jamais toutes les fois qu’il me parle et tu pense bien que je ne manque pas de lui rendre de ta part toutes choses aimables.
J’ai reçu mercredi dernier la visite du pasteur M. Lefourdrey, qui m’a été on ne peut agréable, j’ai causé avec lui pendant à peu près une heure, et il m’a remis 2 livres du père Clément, que j’avais déjà lu à la maison et 1 essai sur la divine autorité du nouveau testament par David Baque, ce qui me fait plaisir à lire, n’ayant rien lu depuis que je suis ici. Il m’avait aussi apporté 10 numéros du semeur qu’il reçoit, mais on m’a vu les lire le soir dans mon hamac, parce que je ne m’en cachais pas, et, d’après l’ordre on en a prévenu le commandant qui en a refusé la lecture parce qu’il y question de politique (M. Lefourdrey m’avait dit qu’il les lui faisait passer à lire). Je vais donc demain aller chercher le commandant lui remettre les 10 numéros et le prier de les remettre lui-même à M. Lefourdrey, ce qui, je crois, n’est rien lui demander de trop. Il ne me restera alors que les deux livres, que je lis ce soir dans mon hamac, ce qui me fait du bien. Je vois avec plaisir que l’on s’amuse un peu à La Rochelle et que hier soir on a dansé. Cette [réédition] de bal aux officiers est juste : c’est un peu de peine pour votre société philharmonique, mais dame que veux-tu y faire ? Je présume qu’Edmond y sera allé et qu’il m’aura dignement remplacé. Le pauvre Villers n’est pas fort. Hier en physique il n’a rien répondu a eu un zéro et outre cela une mauvaise note en trigonométrie, de sorte que le commandant lui fait passer la journée et la nuit prochaine en prison, ce qu’il fait à tout élève qui a un zéro pour quoi que ce soit. Il m’a l’air de n’avoir aucun moyen, ce qui est un bien grand malheur, parce qu’il travaille comme tous les autres et ne compense pas son manque de moyens par un travail extraordinaire. Mais voilà déjà trop, il faut travailler. Adieu pour quelque temps, adieu, bien bon père, je t’embrasse de cœur. Ton fils bien aimé.
J.Ranson


Laisser un commentaire