Lettre du 9 juin 1833

Bord l’Orion, rade de Brest, 9 juin 1833

Je n’ai point de nouvelle lettre à répondre, mais comme j’ai du temps à moi, j’en profite pour vous donner de mes nouvelles. Aujourd’hui, il fait calme et nous ne sommes pas allés à la corvette, que l’on a remplacé par classe de manœuvres, mais cela nous a donné une heure de récréation le matin, une heure et demie après déjeuner et une demie heure avant dîner que nous n’ayons pas à la corvette, tu vois que cela me donne bien du temps et j’en profite pour compenser celui que je mettrai par la sans vous écrire. Ce matin nous avons été au tir au canon, la pièce où j’étais a abattu le blanc, mais je n’étais point le chef, aussi ne m’est-il rien revenu de ce coup, mais cela fait toujours plaisir. A l’inspection, le commandant m’a dit que ma note en physique était bonne, ma note en anglais très bonne, mais celle en dessin médiocre, tu sais que cela a toujours été mon faible.

Le temps s’est remis au beau depuis hier soir ; ce matin des vents de nord nord-est, me font espérer qu’il continuera à rester ainsi, mais aujourd’hui il fait calme, ce qui me vexe fort en empêchant d’appareiller. Il nous faut absolument du vent sans pluie, ou bien nous restons à bord. De plus jeudi M. Collet, forcé par le mauvais temps de nous faire rester à bord, a interrogé sur ce que nous avons fait à la corvette, et ceux qu’il a interrogés ont mal répondu, et comme à notre examen de sortie, on ne fera que nous faire rendre compte de ce que nous savons, il ne nous envoie pas à la corvette, et nous appelle au tableau pour nous fortifier sur cette partie, ce qui est fort ennuyeux, mais il faut en passer par là.

Nous n’allons plus avoir rien du tout sur notre rade ; vendredi est parti pour [Toulon?] une frégate de 44, l’Héroïne, emportant des matelots. Ce matin est partie la gabarre l’Allier allant à Pondichéry avec escale à Bourbon et ce soir une petite corvette-aviso a hissé un pavillon de partance. (La Cérès) Elle a bon vent, pour sortir du goulet, mais j’ignore sa destination. Elle sortira demain, je pense.

Mais je ne vois rien de plus à vous dire, adieu, bon père, j’attends demain une lettre de toi et je ne croie pas que tu me fasses faux-bond. Adieu embrasse pour moi ma mère, mes frères et ma bonne sœur. Mille choses aux tantes D’Eberz et Flavie. N’oublie mes tantes Raboteau et ma tante Fau, adieu bon père, je

t’embrasse et suis toujours ton fils qui t’aime bien. J.Ranson

Remets, je te prie, cette lettre à ma cousine Caroline

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