Lettre du 6 octobre 1833

Bord l’Orion, rade de Brest, 6 8bre 1833

Mon bon père,

J’espère bien recevoir une lettre de toi aujourd’hui ou demain, ou peut-être un autre jour, car il est bien possible que je ne parte pas avec l’Hermione et voici pourquoi : Jeudi, jour où je t’ai écrit, je suis allé à terre chez M. Dubreuil, j’ai chercher la demeure de l’amiral Latreyte, que je n’ai pu apprendre que le soir au spectacle. En conséquence vendredi, je suis allé voir ce général, qui m’a très bien reçu, de la part de mon oncle, dont il m’a parlé avec plaisir. Il m’a dit qu’il avait demandé à m’avoir à bord de sa frégate et que j’eusse à parler au major général pour suivre sa demande. Je suis allé de suite à la majorité, mais le major n’y était pas. Je suis descendu dans le port parler à M. Gicquel pour en savoir ce que je devais faire pour poursuivre mon embarquement. J’y ai trouvé heureusement le capitaine de la frégate l’Hermione M. Discili, qui a dit avait fait la demande de trois élèves, en remplacement d’autres qu’il débarquait. Les trois élèves qu’il demande sont Gicquel, un autre et moi. Mais comme nous n’avons pas reçu nos lettres d’admission, reste à savoir si nous pourrons nous embarquer sans cela. Gicquel, lui sera embarqué sans cela, parce qu’il a permission du ministre à embarquer en anticipation ; moi qui n’ai pas cette permission, je n’embarquerai peut-être pas. Je saurai cela au surplus aujourd’hui ou demain, parce que d’après ce que m’a dit M. Latreyte il compte partir mardi matin, où à peu près, car le départ est toujours subordonné à mille chances. Il n’y a pas probabilité que nous ayons nos lettres avant une quinzaine, car la liste n’est partie pour Paris que hier, ainsi rien n’est décidé encore pour mon embarquement dans tous les cas, j’ai commandé mon habit, ma redingote, mon pantalon, mon chapeau et ma casquette, ce qui demande du temps à faire, pour que tout put être prêt quand il le faudrait. Tout le reste peut s’acheter une heure avant de partir et ne demande que le temps d’aller chez le marchand. Une chose que tu as oubliée dans ta note des choses à acheter. C’est une capote en toile cirée que j’achèterai aussi. Je devais revenir à bord vendredi, mais comme ce soir-là, il y avait bal chez l’amiral, M. Dubreuil m’a fait rester pour y aller. J’y suis aller en effet, et je m’y suis pas mal assuré, j’ai dansé ; au fond la soirée était assez gaie. Mais la salle n’était pas assez grande pour le monde qu’il y avait, et il y faisait une chaleur insupportable, surtout pour un uniforme que l’on est obligé de garder toujours boutonné.

Jeudi soir, je suis allé au spectacle, et j’y ai vu jouer Lucrèce Borgia, pièce affreuse, que je ne connaissais que par analyse, et que je ne vous engage pas à aller voir si on la joue à La Rochelle, ou du moins je vous conseille de la lire avant de l’aller voir jouer, ce qui vous la fera juger. On annonce pour quelques jours prochains la chambre ardente, pièce encore plus affreuse à ce que l’on dit.

Mais adieu pressé de partir; je t’embrasse ainsi que toute la famille. Mon bon père adieu, je t[’embrasse de] tout [mon cœur] ton fils qui t’aime

J.Ranson

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